mercredi 17 août 2016

Lectures de l'été (spécial Faits divers) : Cécile Vallin, Karl Zéro et Coluche ! (partie 2)

Coluche – Putain de mec ! de Jean-Pierre Bouyxou et Marc Brincourt – Éditions du Chêne – 208 pages – 24,90 euros


Après Cécile, ma fille, ma disparue, livre témoignage du père de Cécile Vallin, jeune femme mystérieusement disparue en 1997, voici le deuxième volet de notre série des Lectures de l'été, spéciale Faits divers : un beau livre consacré à Coluche, sans doute le plus grand humoriste que la France ait eu.

Je n'étais pas née quand Coluche est mort mais quand j'entends ses sketchs, je ris de bons cœur à chaque fois. Et quand ses films passent à la télé, je les regarde toujours avec plaisir. J'adore L'Aile ou la cuisse ;-)
Cette année, cela fait 30 ans qu'il nous a quittés, dans des conditions restées troubles. On sait qu'il dérangeait, que la création des Restos du cœur était un coup porté à l'inertie des politiques, et qu'il s'apprêtait à faire des révélations sur scène. Il voulait aussi s'attaquer au problème du chômage pour prouver que ce n'était pas une fatalité. Les puissants pouvaient voir d'un mauvais œil les desseins du comique : un bouffon allait-il réussir là où ils avaient lamentablement échoué depuis tant d'années ?... Il gênait beaucoup de gens mais il avait le peuple avec lui. Le destin ne lui laissera en tout cas pas le temps de réaliser ses projets.
Bien sûr, au bénéfice du doute, nous savons pertinemment que les routes de France sont endeuillées chaque jour par des accidents de moto, si vite arrivés (l'actualité nous le prouve sans cesse).

Si Alain Chabat prétend que l'humour vieillit mal en général, on peut constater malgré tout que celui de Coluche n'a pas pris une ride en 2016. Par contre, lui en aurait quelques unes aujourd'hui : le 28 octobre prochain, Michel Colucci (vrai patronyme de Coluche) aurait eu... 72 ans. L'âge de Papy Mougeot ;-)


Un beau livre hommage devait marquer ce trentième anniversaire de la disparition de notre plus grand comique (avec Desproges). Et les éditions du Chêne, spécialisées dans les beaux objets livresques, ne pouvaient pas manquer ce rendez-vous historique, en partenariat avec Paris Match. Elles sont à la hauteur de l'événement, une fois de plus.

Par contre, commençons tout de suite par le seul point négatif de l'ouvrage, pour mieux l'oublier ensuite : cette manie journalistique de prendre le lecteur par la main pour lui expliquer comment il doit comprendre les faits (au cas où nous serions un peu bébêtes, comme si nous étions de grands enfants à éduquer).
Par exemple, cet extrait de la page 150 :
« Coluche accuse les politiciens d'être tous taillés dans le bois dont on fait tantôt les pantins, tantôt les despotes : "Un pour tous, tous pourris !" C'est ce que braillaient déjà les antiparlementaristes d'extrême droite avant la guerre et qu'ont répété les poujadistes sous la IVème République. "Leur foutre au cul" est une formule, pas un projet révolutionnaire. Coluche a renoué avec l'ambiguïté et la démagogie qu'on pouvait reprocher à ses premiers sketchs, quand ils faisaient marrer les racistes plus qu'ils les dénonçaient. » 

Deux mots sur cette leçon de morale déguisée en leçon d'histoire :
1) Si je comprends bien ce monsieur, rire des premiers sketchs de Coluche ferait de nous des racistes ? C'est nouveau, ça vient de sortir, comme disait notre regretté humoriste. Mais de quels sketchs parle-t-il ? Qu'il donne des exemples précis, d'abord, avant de culpabiliser les gens. Cette façon de voir du racisme partout sous prétexte de le dénoncer - avec force excès de zèle - alimente le climat délétère dans lequel le pays est plongé aujourd'hui, et à cause duquel personne n'ose plus rien dire, nulle part.
2) Ensuite, « Leur foutre au cul » est un slogan comme un autre, comme « Le changement, c'est maintenant », mais dans un style coluchien, c'est tout. Et en même temps, quand on voit le niveau des politiciens aujourd'hui, on ne saurait donner tort à Coluche, il faut arrêter de vouloir systématiquement tout lisser sous couvert de « décryptage » à la noix.
Laurent Violet, vrai humoriste lui aussi, disparu l'an dernier, disait fort justement de son métier : « Ce n'est que pour rigoler, il n'y a pas d'autre question à se poser, je ne suis ni un philosophe, ni là pour faire la morale ou quoi que ce soit. » Voilà, tout est dit, le reste n'est que considérations cérébrales idiotes selon moi.

Heureusement, le livre a beaucoup de qualités, qui font oublier ses « petits défauts » : il regorge de photos rares de Coluche, dans la sphère privée ou professionnelle, en coulisses ou sous les projecteurs ! Ces documents de qualité apportent un éclairage saisissant, précieux, sur l'entourage, l'ambiance et le contexte de chaque période de la vie de l'humoriste-comédien. C'est le charme mêlé de cette magie particulière des années 80 qui défile sous nos yeux, car une forte humanité s'en dégage (j'adore la photo où Sardou est attablé à côté de Coluche, avec son verre de whisky et son paquet de Gitanes devant lui, je me dis que ces deux personnages incarnent plus le rock'n'roll que bien des représentants accrédités du genre) :


Je conseille bien évidemment ce très beau livre : le parcours de Coluche y est retracé en détail, émaillé de coupures d'époque publiées dans Paris Match. Le contenu est soigné, malgré quelques petites erreurs de dates. Quelques anecdotes viennent pimenter le propos, comme cette confidence de l'actrice Valérie Mairesse, partenaire de Coluche dans Banzaï, courtisée par le comique sur le tournage du film : « Il n'avait aucune chance. Je n'aimais que les jolis garçons. »

Coluche, monument national, est devenu Saint Coluche par la grâce des Restos du cœur. Et c'est cette image que les médias retiennent aujourd'hui et mettent en avant lorsque l'humoriste est évoqué. Mais il ne faut pas oublier que Coluche incarnait avant tout la liberté d'expression dans ce pays.
Thierry Lhermitte ne manque pas de souligner cet aspect essentiel dans sa Préface : « Était-il subversif ? Oui. Il a, je pense, été le fer de lance de tout un mouvement. Pour la première fois, quelqu'un se donnait le droit de tout dire. L'enjeu, à l'époque, était de dénoncer la langue de bois et les mensonges des politiques. »

Pour se rendre compte de ce que pouvait signifier « liberté d'expression » à l'époque, il faut voir le documentaire suivant. Le contraste avec la soi-disant « liberté » d'aujourd'hui est saisissant. « On est dans un autre monde », confirme Lhermitte à la fin de son texte. On ose imaginer ce que ferait Coluche de notre société actuelle à la moulinette de son humour ravageur mais Ô combien pertinent (et éternel). Ce serait un sacré schimimi... schimimli... un sacré schmilblick ;-)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...