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dimanche 30 octobre 2016

Biographie The Doors ("Ship of Fools") + livre de John Densmore ("L'héritage tumultueux de Jim Morrison")

A l'occasion de la sortie en janvier prochain de la biographie exhaustive Ship of Fools sur les Doors chez Le Mot et le Reste, maison d'édition de référence en matière de culture pop-rock, je vous propose de redécouvrir ma chronique du livre tumultueux du batteur des Doors, John Densmore (paru il y a deux ans chez ce même éditeur), au sujet du procès haut en couleur qui a déchiré les membres du groupe mythique.   

THE DOORS : L'Héritage tumultueux de Jim Morrison (Les portes claquent), de John Densmore - Editions Le Mot et le reste - 375 pages - 26 euros   

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Comme je l'ai dit plusieurs fois ici, je préfère en général les autobiographies aux biographies, car elles sont plus vivantes, écrites de façon plus spontanée que la prose journalistique trop rêche à mon goût ;) Bref, j'aime d'abord la fraîcheur et la singularité qui s'en dégagent presque systématiquement. Et avec le témoignage du batteur des DoorsJohn Densmoreen conflit avec les deux autres membres survivants dans les années 2000 (jusqu'à la mort de Ray Manzarek, le claviériste), on est gâté : les groupes de rock se déchirent toujours pour des problèmes d'argent ou d'ego, mais ici, c'est pour un problème d'éthique avant tout : le but de Densmore est de sauver contre vents commerciaux et marées marchandes - devant les tribunaux - l'âme de Jim Morrison et, plus globalement, l'héritage altruiste des insouciantes années 60 ! Un témoignage à dévorer tambour battant, évidemment :)  

Tous les passionnés de rock et plus particulièrement ceux dont la vie a été chamboulée par la musique des Doors (j'ai moi-même tous leurs albums et un grand portrait de Morrison placardé dans le réduit qui me sert de studio d'enregistrementattendent fébrilement ce genre de témoignage écrit, reçu comme une nouvelle clé destinée à percer un peu plus le mystère qui filtre derrière ces légendaires portes de la perception.  

Je me souvenais bien que les Doors s'étaient "reformés" au début des années 2000, mais sans le batteur historique (et avec un autre chanteur). J'avais même vu le DVD du concert : THE DOORS of the 21st CenturyComme beaucoup de monde probablement, je n'en savais pas plus, ignorant tout de la guerre totale que se livraient en coulisses et à distance les membres survivants : John Densmore a attaqué ses "frères musicaux" pour utilisation fallacieuse du nom et du logo du groupe (THE DOORS était écrit dix fois plus gros sur les affiches que la mention "of the 21st Century"). Quand on sait que même Oliver Stone n'a pas eu l'autorisation d'utiliser le logo des Doors pour son film consacré au groupe (et réalisé avec l'aval des membres), on comprend mieux à quel point le sujet est sensible.  
Et ce n'est pas tout : John Densmore a commis le "crime" de refuser 15 millions de dollars proposés au groupe paCadillac pour l'utilisation d'une chanson deDoors dans un spot TV. Décision qui a de quoi donner le vertige et rendre fous de rage ses anciens partenaires des Doors (si un membre du groupe oppose son droit de vetoles autres doivent se ranger à sa décision, comme à l'époque de Jim Morrison) 

"Mais pourquoi est-il si méchant ?!" se diront certains. 
Je vous laisse découvrir les raisons et les motivations - louables et courageuses - qui ont conduit Densmore à se comporter et à agir de la sorte, et franchement, c'est très difficile de se mettre à la place des deux camps, tant les enjeux paraissent légitimes de chaque côté : la lutte pour sauver la mémoire de Jim et l'œuvre du groupe d'un côté, l'envie de remplir les grandes salles à travers le monde pour faire rayonner la musique des Doors - leur musique -, de l'autre.     
Le batteur des Doors relate donc sur près de 400 pages passionnantes son chemin de croix judiciaire contre ses deux frères ennemis.  

Aussi surprenant que cela puisse paraître, il faut savoir qu'il a eu du mal à trouver un éditeur avec ce projet, comme il le confiait à Rock&Folk en 2012 : « Si j'ai eu tant de mal à placer ce livre, c'est justement parce que je ne raconte pas des histoires de cul, comment je me suis pris plein de drogue et comment j'ai sauté plein de femmes. C'est comme au procès, quand ils ont essayé de me faire passer pour anti-américain. Parce que je refusais de gagner de l'argent. Un jour, j'étais à la barre, et l'avocat de Ray et Robby me prend à parti : "Qui êtes-vous, Mister Densmore, pour vous appointer le seul et unique exécuteur de ce que Jim Morrison a laissé derrière lui ?" Et là je lui dis : "Bah, il se trouve que je ne suis pas le seul protecteur. Il y a dans cette salle un homme de 90 ans, un amiral qui commandait une flotte dans le Golfe du Tonkin lors d'une guerre contre laquelle nous avons écrit et joué des chansons. Et il est pourtant ici, lui aussi, pour faire respecter les volontés de son fils" ». 

Hé oui, Densmore a reçu le soutien du père de Jim Morrison et de la famille du chanteur pendant toute la durée de cette longue procédure judiciaire ! "Le split des sixties réconcilié" comme il dit.  
Vous l'avez compris, ce livre permet de suivre le procès comme si vous y étiez, y compris la première phase, celle de la découverte de l'appareil judiciaire : "Quand j'y pense, c'est devenu la règle d'or de bien des avocats ces jours-ci : oublions la vérité ! On s'en fout de ce qui est vrai ou non ! Contentons-nous de faire pleuvoir sur notre adversaire une averse infinie de paperasse et d'accusations venant contredire les siennes, peut-être qu'on réussira à embrouiller notre monde... y compris le juge". J'ai fait un peu de droit il y a quelques années (j'en suis vaccinée aujourd'hui), raison supplémentaire pour laquelle ce témoignage m'a intéressée : c'est un document unique sur la société américaine très judiciarisée. Rassurez-vous, il n'est heureusement pas nécessaire d'être calé en droit pour dévorer ce document, la passion de la musique et des méandres de l'âme suffiront :). Les plus belles pages restent celles où le batteur pose un regard philosophique sur la vie et les dégâts de la cupidité sur la nature humaine.  
Voici un petit passage dans lequel il en parle très bien : 
"Le Ly Hayslip, Vietnamienne auteure du livre Entre le ciel et la terre, adapté au cinéma par Oliver Stone, explique qu'au Vietnam, les gens naissent avec le sentiment du bonheur et n'éprouvent pas le besoin de l'acquérir. Satisfaite de travailler dans les rizières, elle est convaincue que ce n'est qu'en arrivant aux Etats-Unis, pendant la guerre, que le matérialisme s'est immiscé dans son esprit. [...] La plupart d'entre nous possèdent déjà beaucoup, mais nous en voulons toujours plus". 

C'est là la pierre angulaire de la réflexion du batteur : s'il refuse les 15 millions de dollars de Cadillac, c'est parce qu'il estime que les membres des Doors vivent déjà dans l'opulence et n'ont pas besoin de cet argent. Il dit bien que le dilemme ne se poserait pas s'il était sans le sou, qu'il accepterait évidemment une telle somme s'il faisait partie d'un jeune groupe d'aujourd'hui, tant le marché actuel du disque est incertain 
De fait, il n'hésite pas à égratigner au passage certaines gloires des années 60 (Bob Dylan, les Who, les Beach Boys, les héritiers de Jimi Hendrix, etc.) qui, selon lui, ont vendu leur âme aux diables publicitaires. 
D'ailleurs, j'ai découvert en faisant des petites recherches rapides sur internet que Bob Dylan a fait une pub en 2007 pour... la Cadillac Escalade, celle que Densmore avait refusé quelques années plus tôt. On imagine donc la somme que Dylan a dû empocher pour cette prestation. 

Alors bien sûr, on peut de prime abord ne pas se sentir concerné par un conflit de riches un peu surréaliste, très éloigné des préoccupations des gens lambda (surtout par les temps qui courent). Mais à bien y regarder, John Densmore aborde des sujets très proches du quotidien de chacun, des valeurs et idéaux qui nous animent, des dysfonctionnements de la société, des problèmes existentiels, politiques, sociaux, etc., et tout le monde peut se retrouver dans ses réflexions sur la valeur essentielle des choses 

La traduction française de ce livre sort dans un contexte apaisé : maintenant que Ray Manzarek est décédéthe war is over, comme le chantait Jim Morrison. 

Le plus : les photos rares de Jim Morrison et celles de sa famille au grand complet pour le procès ! 

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